Les enfants de la guerre ,cette guerre de libération pour l'indépendance de
Publié le 26 Mars 2013
Les enfants de la guerre ,cette guerre de libération pour l'indépendance de l'Algérie , Je me souviens encore de ce trajet là :depuis la porte de notre maison ,cette maison là où je suis née à Azazga ,jusqu'à la boutique de l'épicier Cheikh Bounssar Allah Irahmou le saint homme !Ce chemin là s'allongeait de plus en plus sous les petits pas de la petite Djedjiga :La crevette ,car rose ,maigrichonne avec des cheveux fins frisottants jamais coiffés ,habillée d'une petite robe usée ,chaussures éculées ,la petite fille transportait un bidon carré plein de pétrole (on disait Gaz couramment pour un usage domestique comme combustible) .Pour arriver jusqu'à la boutique on passait devant le camp des militaires français armés de leurs mitraillettes képis sur la tête ,jumelles ...Tous les matins que Dieu a crées Djedjiga allait acheter le bidon de gaz pour sa maman .De temps à autre je la relayais mais cette activité je la cédais volontiers à ma petite soeur qui en fait était devenue une petite star pour un soldat français qui la traquaient avec son appareil photo tous les jours .Un jour on est venu nous remettre la photo en noir et blanc à cette époque là de la petite fille de la guerre qui transportait tous les jours son petit baril de gaz ...pour pouvoir manger car sans ce fourneau à gaz on ne pouvait pas faire bouillir la casserole de lait ...Cette casserole là qui fut fatale pour la petite Djedjiga ,un matin j'ai entendu Djedjiga hurler comme un petit animal :ébouillantée la petite fille littéralement .Ma mère devait sans doute être occupée à ses travaux domestiques infinis et la petite Djedjiga à peine âgée de 4 à 5 ans s'est mise à faire sa turbulente :"Thacharoualthiss" à côté du fourneau allumé pour faire bouillir une grande casserole d'eau ou de lait ?Je ne me souviens pas de ce détail .
Il fallait bien sûr la présence d'esprit de Dehvoucha la grande soeur pour parer à cette terrible urgence ,ma mère toujours en dépression ,paniquée ,désespérée a depuis longtemps démissionné de nous prodiguer soins quelconques déléguant ce travail à Dehvoucha forcément .
La petite Djedjiga faisait ce trajet jusqu'à l'hôpital d'en bas d'Azazga dans les bras de Dehvoucha qui n'avait pas plus de 12 ans .Jamais je n'oublierai ce malheur de Djedjiga ébouillantée empaquetée pendant des semaines dans ces bandages de toute la surface de son petit corps ,seul son joli visage rose a été épargné miraculeusement .
Juste quelques jours après l'accident la maison s'est mise à sentir les chairs mortes ,c'était épouvantable .Soigner Djedjiga a été très long ,plusieurs mois ,années .Encore un miracle de Dieu et la baraka quelque part sur tout son corps ébouillanté au 3ème degré elle n'a gardé que très peu de cicatrices à des endroits cachés par les vêtements :juste sur une de ses épaules ...La petite crevette est néanmoins une grande battante ,non seulement elle a survécu sans cicatrices en plus pour devenir la plus jolie des jeunes filles plus tard au point qu'elle était demandée en mariage très tôt par plein de prétendants qui m'ont dédaignée moi plus âgée qu'elle!
Les enfants de la guerre ,les enfants de la misère et de la promiscuité ont participé à leur manière à ce combat pour l'indépendance .Djédjiga transportait le petit bidon de pétrole pour avoir un combustible à la maison ...Elle a été ébouillantée la petite star pour les soldats français !Miracle de Dieu ,elle en a été rescapée de cette brûlure là ,elle a connu quand même cet enfer là que toute notre famille a vécu avec elle .J'en suis restée à jamais marquée ,au point que j'ai eu du mal à supporter mon stage de chirurgie dans le service des brûlés du Pr Bouayad qui m'a torturée en me faisant refaire le module .C'est à cette époque là que j'ai peint ce tableau horrible de "L'enfer des enfants" que moi même j'avais du mal à regarder .Ce tableau a eu beaucoup de succés pendant une exposition mais je l'ai détruit après en peignant dessus de géantes marguerites blanches qui m'ont été volées d'ailleurs pour finir dans un salon privé d'Alger à côté d'un tableau d'Etienne Dinet !Quelque temps après j'ai vécu les années les plus belles de ma vie justement là bas dans les portes du désert algérien ,là où a vécu et repose Nasserdine Etienne Dinet le soufi .