C'est donc Khalthi Smina qui nous a baptisées "Thibilithin" ,parce qu'on était

Publié le 1 Avril 2013

C'est donc Khalthi Smina qui nous a baptisées "Thibilithin" ,parce qu'on était trop bruyantes ,on dérangeait par notre agitation permanentes aux heures de la sieste des petits enfants de Khalthi Smina dans la pièce avoisinante du couloir qui la séparait de notre chambre noire où l'on n'avait jamais sommeil .Surtout pas faire une sieste!Jamais ,au grand jamais nos yeux ne pouvaient se fermer pour une petite demi heure !Ma mère non plus ne dormait pas ,toujours à improviser une nouvelle activité insolite comme tresser les oignons en grappes et les suspendre au plafond au dessus de nos têtes .Encore mieux ma mère avait envie de fabriquer du savon noir !Donc elle nous envoyait acheter du "Kerichtou" :cristaux de soude !qu'on manipulait sans crainte ignorant le danger d'une telle opération .Ma mère démissionnaire n'arrivait donc jamais à nous dompter ou discipliner d'aucune manière ,nous "Thibilithin" on profitait pour acquérir plus de liberté et de puissance aussi .Si mon père n'était pas présent pour ramener un peu d'ordre c'était invivable ,juste on pouvait entendre ma mère se plaindre en soliloquant :"Athghav arahma " !Et elle fuyait encore plus dans son monde à elle ,sa tour de Babel où son imagination ,ses rêves sans doute la protégeaient de la réalité .

Ce qui a rendu ma mère aussi impassible presque c'est sans doute d'avoir élevé Boualem Allah irahmou ,mon frère autiste né juste avant moi .Boualem mon pseudo jumeau ,ce compagnon que je ne quittais pas parce que je le surveillais ,je devais le suivre partout relayant Dehvoucha ma grande soeur affairée avec le ménage et aussi à gâter mes petites soeurs qu'elle chérissait bien plus que moi tout comme ma mère car Dehvoucha était notre petite mère .

Je surveillais Boualem qui me suivait partout mais qui pouvait se mettre à détaller tout à coup pour courir jusqu'à l'infini ,il aurait gagné un marathon comme rien ...Cet après midi là j'ai été acheté un savon ,chemin faisant Boualem a détallé !Il fallait courir le rattraper ,j'ai laissé tomber mon savon qui a atterri dans la bouche d'égout devant la maison des Yahou nos voisins et amis ,je me suis mise à pleurer ,à hurler de toute mon âme puis est venue à mon secours une grande fille blanche ;Zahia la fille de Si Mohand l'épicier *un ami très cher à mon père ...Elle a récupéré mon morceau de savon de justesse du fons de l'égout qui était sec heureusement ,a rattrapé Boualem et nous a conduit jusque devant notre maison .

Ce devait être terrible pour des parents d'élever un enfant autiste ,quelque part c'est ressenti comme un châtiment d'une faute quelconque à payer ,et là on finit par se convaincre qu'on est investi quelque part d'une mission divine car la folie est sacrée en Islam . On aimait tous tant Boualem qui nous a été ravi un jour certain parce que Dieu l'a voulu ?Boualem avait soif ,il est allé prendre la carafe d'eau qui servait à Dehvoucha pour rouler le couscous ,elle l'a renvoyé ,n'a pas fait vraiment attention à cette soif qui avait guidé Boualem vers la carafe instinctivement .Il a détallé une fois de plus et cette fois là pour chercher à boire ...Dans l'après midi Boualem n'avait pas réapparu ,ma mère s'est inquiétée ,s'est surtout rappelée un détail bizarre :Boualem qui jouait à s'allonger ,fermerles yeux au milieu du couloir ..."Vite ,vite ,allez chercher Boualem !"...O a cherché partout en vain ,en ultime recours désespéré Dehvouche et moi on s'ést dirigées vers ce puits des Larabi nos voisins .Ce puits là nous a toujours fait peur ...Boualem était en train de flotter à la surface du puits ...Nous ne pouvions plus que crier ,nous lamenter :"Mon frère Boualem est mangé par le puits de Larabi!" ...

C'est Zizi Tahar Athidhakar rebi sel kheir qui a fait ressortir Boualem gonflé d'eau comme une autre de ce maléfique puits de Larabi .C'était trop tard ,personne ne pouvait ramener mon frère Boualem à la vie . Le deuil s'était abattu sur notre famille ,nous étions tous inconsolables parce qu'on aimait Boualem plus que tout au monde .Mais celui qui l'aimait vraiment le plus c'était Midali mon frère ainé .Zizi Hand n'était pas présent d'après mes souvenirs si je ne me trompe pas ,Zizi Hand était au Sahara où il travaillait depuis son adolescence pour subvenir aux besoins de notre famille pendant la guerre (vers la fin précisément les années 1959 _60) .Oui Zizi Hand a dû donc apprendre la triste nouvelle que plus tard pendant une de ses permissions pour nous visiter .Ma mère plus tard racontait avec un déchirement effroyable cette peine de Zizi Hand ,face au deuil de Boualem notre frère ,notre fétiche à tous quelque part .

Personnellement je me dis souvent que j'ai pris toute l'intelligence de Boualem mon pseudo -jumeau .C'était sans doute lui le transfuseur silencieux qui ne s'exprimait que par des chapelets de sons incompréhensibles ...Je ne parlais pas moi aussi ...J'avais près e ' ans ,je ne savais pas dire un seul mot ,c'est là qu'une de mes tantes lointaines à Tinkicht a remarqué mon silence et a ordonné à ma mère de me séparer de Boualem pour que je puisse me développer et faire mon apprentissage du langage entre autre .Khalthi Dehvia et Nana ont aidé à cette tâche de me laisser trotter autour d'elles loin de Boualem mon frère du mûr des représailles kabyles .J'ai appris à parler .

Puis Boualem nous a quittés .Ma mère soufie plus sage que quiconque n'a pas pu pleurer son enfant citadelle .Elle disait tranquillement :"Yevghath ouassiss!Sidi Rabi Adhvoustaouil ;La ila a ila lah Mohamed rassoul Allah!" :"Son jour l'a voulu ,Le seigneur est plein de miséricorde ,il n'y a de Dieu qu'Allah et Med (Sa) est son prophète ."Elile voyait très loin ma mère ,elle ne souhaitait pas une vie d'adulte à Boualem qui un jour où l'autre aurait pu se retrouver seul à l'âge adulte ...Bien sûr que les handicapés risquent toujours l'abandon dans n'importe quelle société s'il n'y a plus de personnes pour les prendre en charge et les aimer .Mon père et ma mère qui ne son plus e ce monde aujourd'hui ,que serait devenu Boualem adulte ?Je répète les paroles de ma mère :"Sidi Rabi adhvoustaouil ...."

Rédigé par Colombe Blanche

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