Bonsoir à tous ,bon ramadan à mes amis et fans musulmans .En fait je ne vous
Publié le 14 Juillet 2013
Bonsoir à tous ,bon ramadan à mes amis et fans musulmans .En fait je ne vous ai jamais abandonnés malgré mon absence depuis plusieurs semaines .Juste que je suis "Mkatfa" avec la période sainte :"Laaouachar" dit on ,période sainte propice à la méditation ,à la "retraite" dans l'initiation maraboutique.J'ai donc du mal à communiquer vraiment .Aujourd'hui comme par enchantement ,sans crier gare je retrouve ce souffle divin qui me ramène à vous maintenant .Tous mes sens sont exacerbés ,toutes mes mémoires en éveil comme des poupées russes emboitées les unes dans les autres .Tout ce monde disparu foisonne en moi ,chacun me presse pour le faire revivre à ma manière en cette soirée de ramadan bénie .Bissmilah et hamdoulilah ma table et la vôtre sont bien garnies mais malheureusement il y a des tables vides ,il y a des gens qui ont faim et d'autres qui meurent de faim à travers le monde . Cette soirée me ramène à ces autres soirées de ramadan de mon enfance à Azazga .L'image de Hadj Ouali mon père revient et s'impose une fois de plus .Juste au moment de la prière avant la rupture du jeun :Al Adan ,Hadj Ouali virait les enfants dehors en leur ordonnant d'aller arpenter les rues d'Azazga à la recherche d'un "invité imprévu":"inevgui rabi":un mendiant tout court à qui donner à manger .Mes petite soeurs et moi :"Thibilithin" comme nous avait baptisées Khalthi Smina étions très vigilantes car on revenait très vite devant la maison accompagnées de notre invité imprévu qu'on va servir gentiment dans un coin discret du garage .Là on avait le droit de rejoindre les grandes personnes à la maison pour nous restaurer de ces bons mets du ramadan et de l'irremplaçable Zlabia .
Les rues d'Azazga comptaient en fait ses abandonnés de Dieu attitrés ,il y avait toujours la silhouette frêle de "Ziguema" qui mourut de froid une nuit d'hiver .Par certains jours pouvaient traverser ces rues de vraies convois d'ânes venus d'ailleurs ;le convoi le plus mémorable reste celui de "Mohand ou Sadia" avec sa longue gandoura noire et sa tête voilée .Un port de femme ,une force d'homme Mohand ou Sadia dirigeait son impressionnant convoi d'une poigne de maître et maîtresse à la fois .
Un autre caravanier authentique c'est "Tchin-Tchin" avec ses chevaux déchainés par la douleur de la mort ,par la force de l'amour et de la fantasia triomphant sur l'horreur des guerres ."Tchin-Tchin vouthaakouchin: le bédoin aux perles est un algérien comme vous et moi ,il venait de perdre son fils soldat parmi ces soldats envoyés pour combattre en Palestine .Il déployait sa douleur qui sanctifiait son enfant mort soldat ;"Khelif mat Djoundi" .Je ressens encore aujourd'hui ce déchirement inhumain de Tchin-Tchin ...
Cela fait belles lurettes tout ça ,sauf que la faim ,les guerres restent toujours d'actualité .
J'ai cuisiné de belles galettes rondes ce soir car ma table ne se passe pas de galettes pendant le ramadan et de cette salade de tomates et poivrons classique de toutes les maisons kabyles .Nous les grands kabyles de la région d'Azazga ,de Tizi Ouzou on fait une galette à l'huile assez dure :"Aghroum aquouran" ,les petits kabyles :ma belle famille font une galette à l'huile plus fine et plus tendre car pétrie longuement avec un soupçon de levure qui lui confère donc sa légèreté .Ma galette est une intermédiaire entre les deux donc complètement improvisée pour satisfaire les grands et petits kabyles .
Pendant que je cuisais ma galette s'est profilée le souvenir de la voix de ma mère Dehvia Nait Cheikh ;"Nigham hadher astestoudh ,jekam thahnount ni maradress!":"Je te dis de ne pas oublier d'enlever un bout de la bordure de ta galette quand tu la sors du plat de cuisson"!
Là ,toute une histoire qui se répète ,cette histoire transmise de mère en fille chez les kabyles .Pour cet univers de femmes à la pensée magique et mythique il y a donc ce monde d'invisibles juste à côté ...On surveille de près cette galette chaude ronde susceptible d'être subtilisée par une Djinia accouchée pour se réchauffer le ventre en cataplasme avec d'où la nécessité de vite ébrécher le pourtour de votre galette car seule une galette intacte est prisée pour cet usage par la djinia (Astiyakhzourabi!)Le plus à redouter dans cette histoire est que votre bébé au berceau est aussi changé :subtilisé par celui de la djinia !Ma mère devant le caractère irascible de mon frère Djaffar disait d'une manière résignée :"Ouh a yeli ouguadhagh vadelniyithid imighaflagh!":"O ma fille !celui là on me l'a changé peut être dans un moment d'inattention !"
On ne demandait qu'à croire ma mère Dehvia nait Cheikh si naive et innocente à la fois .Elle était convaincante en tout cas .
Croyez moi que je n'oublie jamais d'ébrécher ma galette encore aujourd'hui !